Crédit privé européen : record historique en 2024
855 deals (+41 %), France n°1 en Europe, fundraising record de 65 milliards USD en 2025.
Résumé
Le marché européen du crédit privé a atteint un record historique en 2024 avec 855 deals (+41 % vs 2023). La France se positionne au 1er rang en Europe pour la dette privée, avec 116 deals au S2 2024. Les encours européens atteignent 530 milliards USD, avec des projections à 940 milliards USD d’ici 2030. Le fundraising 2025 est record (65 milliards USD sur 9 mois). La convergence entre la croissance de la dette privée et la maturation de l’infrastructure de tokenisation crée un potentiel significatif de désintermédiation et de digitalisation.
Le marché européen du crédit privé en 2024
Record de transactions
L’année 2024 a établi un record historique pour le crédit privé européen :
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Nombre de deals 2024 | 855 |
| Croissance vs 2023 | +41 % (vs 605 deals) |
| T4 2024 | 268 deals (+29 %, record trimestriel) |
Le T4 2024 a dépassé tous les records trimestriels précédents avec 268 deals, confirmant l’accélération du marché en fin d’année. Cette dynamique est portée par les baisses de taux en Europe, la vague de refinancements et l’appétit des sponsors de private equity pour la dette privée.
Position de la France
La France est n°1 en Europe pour la dette privée en consolidation, avec 116 deals au S2 2024 (2ème par volume après le UK avec 137, devant l’Allemagne avec 55, source Deloitte). Cette position reflète la profondeur du marché des LBO et acquisitions en France, la présence d’un écosystème de fonds de dette privée mature et la taille de l’économie française.
La dette privée des entreprises non financières en France atteint 105,63 % du PIB nominal (septembre 2025), l’un des ratios les plus élevés en Europe, créant une base de marché considérable pour la dette privée.
Dynamique BSL vs dette privée
La relation entre les prêts syndiqués (BSL, Broadly Syndicated Loans) et la dette privée a connu des fluctuations significatives :
| Période | Ratio dette privée : BSL | Contexte |
|---|---|---|
| T4 2023 | 10,5:1 | Domination totale de la dette privée |
| T2 2024 | 1,5:1 | Retour des prêts syndiqués |
Ce resserrement du ratio traduit le retour des banques sur le marché des prêts syndiqués, stimulé par les baisses de taux et le resserrement des marges. Néanmoins, la dette privée conserve une place structurelle dans le financement des entreprises européennes.
Encours et projections
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Encours crédit privé Europe | 530 milliards USD | Preqin |
| Projection 2030 | 940 milliards USD | Preqin |
| AUM crédit privé mondial | ~2 000 milliards USD | Preqin |
| Total incluant dry powder | 3 500 milliards USD | AIMA |
| Déploiement capital 2024 | 592,8 milliards USD (+78 %) | - |
Les encours de crédit privé focalisé Europe devraient plus que doubler sur la décennie (BlackRock/Preqin), portés par le transfert du crédit bancaire vers les fonds de dette privée sous l’effet de Bâle IV.
Fundraising record 2025
Le fundraising européen des 9 premiers mois de 2025 a atteint un record de 65 milliards USD, en hausse de +14 % par rapport aux 57 milliards USD de l’ensemble de 2024. Le méga-fonds Ares Capital Europe VI (17,1 milliards EUR) illustre l’appétit des investisseurs institutionnels pour cette classe d’actifs.
Analyse : tokenisation du crédit privé
Défis de liquidité
Le crédit privé souffre structurellement d’un manque de liquidité sur le marché secondaire. Les positions sont typiquement détenues jusqu’à maturité, avec des possibilités de cession limitées. La tokenisation peut transformer cette dynamique en créant des marchés secondaires numériques pour les positions de dette privée, via le régime pilote DLT (MTF DLT, TSS DLT).
Fractionnement et accès
La taille unitaire élevée des positions de dette privée (souvent supérieure à 10 millions EUR) limite l’accès aux seuls investisseurs institutionnels de grande taille. La tokenisation permet de fractionner ces positions en denominations plus accessibles, élargissant la base d’investisseurs potentiels (assureurs, fonds de pension, family offices).
Automatisation du cycle de vie
Les smart contracts obligataires peuvent automatiser le versement des intérêts, le calcul des covenants financiers, les mécanismes de cascade de paiement et le reporting aux investisseurs. Pour un marché atteignant 855 deals en 2024, cette automatisation génère des économies d’échelle significatives.
Infrastructure existante
SG-FORGE a émis 6 obligations tokenisées depuis 2019, démontrant la faisabilité de la tokenisation d’instruments de dette institutionnels. La BEI cumule près de 400 millions EUR d’obligations numériques. Les émissions DLT de revenu fixe ont progressé de +260 % en 2024, atteignant 3 milliards EUR.
La Banque de France a conduit 12 expériences de MNBC de gros via DL3S. Les travaux exploratoires de l’Eurosystème ont mobilisé 40 entités dans 9 juridictions pour 1,59 milliard EUR. Les conservateurs institutionnels (CACEIS avec 5 300 milliards EUR, BNP Paribas SS, SGSS) développent des capacités de conservation d’actifs numériques.
Le cadre réglementaire est favorable : le régime pilote DLT (plafond porté à 100 milliards EUR, décembre 2025), MiFID II pour les instruments de dette, le système DEEP français et les statuts PSAN/CASP pour la conservation. Les projections McKinsey tablent sur 2 000 milliards USD d’actifs tokenisés d’ici 2030.
Moteurs de croissance
L’implémentation de Bâle IV en Europe accélère le transfert du crédit bancaire (actuellement 70 % du financement total en France) vers les fonds de dette privée et les instruments de marché. La position post-Brexit de la France comme hub de marchés de capitaux de l’UE renforce cette dynamique.
Le marché obligataire français (5 600 milliards EUR, le plus grand d’Europe) et le marché de l’affacturage (431 milliards EUR, leader européen) constituent des marchés adjacents que la tokenisation peut interconnecter avec le crédit privé.
Implications
Le record de 2024 marque un changement structurel dans le financement des entreprises en Europe. La convergence entre la croissance de la dette privée, l’implémentation de Bâle IV et la maturation de l’infrastructure de tokenisation crée les conditions d’une transformation profonde du marché du crédit privé européen, avec la France en position centrale.
Lectures complémentaires
- Crédit privé tokenisé : analyse approfondie
- Prêts syndiqués tokenisés
- Comparaison crédit privé vs obligataire tokenisé
- Impact de Bâle IV sur le crédit
- Titrisation par tokens
- Glossaire
Sources : Banque de France, Deloitte, Preqin
Contexte de marché et données complémentaires
Le record du crédit privé s’inscrit dans un marché obligataire de 5 600 milliards EUR (ECB/SUERF 2024). La dette publique atteint 3 482,2 milliards EUR au T3 2025. Le crédit bancaire aux entreprises totalise 1 349 milliards EUR. Les émissions DLT ont atteint 3 milliards EUR en 2024 (+260 %). Les obligations tokenisées en Europe totalisent 1,7 milliard EUR (ESMA). SG-FORGE a cumulé 6 émissions. La BEI a émis près de 400 millions EUR. CACEIS (5 300 milliards EUR) et BNP Paribas SS développent la conservation numérique. Le régime pilote DLT a porté le plafond à 100 milliards EUR. La titrisation européenne atteint 1 270,3 milliards EUR. L’affacturage français atteint 431 milliards EUR. Les crédits immobiliers totalisent 1 284 milliards EUR. Les projections McKinsey tablent sur 2 000 milliards USD d’ici 2030. BlackRock BUIDL a atteint 1,8 milliard USD d’AUM.
Dynamique du crédit privé européen et tokenisation
Le record de 855 deals en 2024 (+41 % par rapport à 2023) confirme la montée en puissance du crédit privé européen comme alternative au financement bancaire traditionnel. Les projections de Preqin anticipent un encours de 940 milliards USD d’AUM de crédit privé européen d’ici 2030, soutenu par la recherche de rendement des investisseurs institutionnels et le désengagement partiel des banques de certains segments de prêt.
La tokenisation de cette classe d’actifs présente un potentiel transformateur. Les prêts syndiqués tokenisés permettraient de fractionner les tranches de dette privée en unités plus petites, abaissant les seuils d’investissement et élargissant la base d’investisseurs. Le règlement DvP via la MNBC de gros de la Banque de France réduirait le risque de contrepartie et les délais de règlement.
En France, le cadre réglementaire combine la loi PACTE, le statut PSAN/CASP et le régime pilote DLT pour encadrer la tokenisation du crédit privé. Les organismes de titrisation (OT et FCT) supervisés par l’AMF constituent les véhicules naturels pour structurer des portefeuilles tokenisés. La BRI et la BCE suivent attentivement ces développements dans le contexte des travaux sur la stabilité financière.
Enjeux de transparence et de reporting
La tokenisation du crédit privé répond à un enjeu majeur de transparence dans une classe d’actifs historiquement opaque. Les smart contracts peuvent encoder les covenants financiers, automatiser le calcul des ratios de couverture et déclencher des alertes en cas de non-conformité, offrant aux investisseurs une visibilité en temps réel sur la qualité du portefeuille.
Cette transparence accrue est particulièrement pertinente dans le contexte de Bâle IV, qui renforce les exigences de reporting et de pondération de risque pour les expositions de crédit. Les fonds de dette privée tokenisés pourraient offrir aux régulateurs une supervision plus efficace grâce à la traçabilité native de la DLT, un avantage que la Banque de France et l’AMF évaluent dans le cadre de leurs mandats de stabilité financière.
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